Consommer autrement

Portrait : La Dryade, savonnerie artisanale

  • Entretien paru dans La Feuille • Mars 2013

« Ni en France, ni en Europe n’existe un label de cosmétique bio qui tient compte de l’approvisionnement local et de la fabrication artisanale. Les labels ne sont pas faits pour la cosmétique artisanale. Il y a vraiment une filière à créer. »

La Dryade

Brocéliande
www.savonnerieladryade.com

Delphine Ferrari, Savonnerie Ladryade

Quand a démarré ton projet ?

En octobre 2012. J’ai commencé à faire mes cosmétiques moi-même, il y a 10 ans, car en lisant les ingrédients des cosmétiques : je ne comprenais rien… J’avais une peau atopique ; j’ai essayé plein de traitements, que j’ai fini par jeter, et je me suis tournée vers des produits plus sains. Puis j’ai voulu aller plus loin, en fabriquant mes cosmétiques. Je me suis renseignée sur internet, également auprès de savonnières canadiennes. Il y avait une démarche créative, et en plus, le savon à froid, riche en glycérine, est très bon pour la peau. J’ai fait cela pendant 10 ans. J’étais alors juriste en entreprise. Mon mari a été muté en Bretagne ; je me suis alors posée la question de mon activité. Retourner en entreprise, dans le domaine de la gestion financière, ne me convenait plus. Je voulais trouver une activité plus créative.

Comment cela s’est mis en place ?

La création et la vente de savon sont très règlementées. Les formules doivent être validées par un chimiste et un toxicologue afin d’être conformes à la réglementation cosmétique au regard de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), par souci de protection du consommateur. J’ai eu un contact avec un chimiste et un toxicologue d’un labo d’Avignon, qui ont proposé d’être mes « chaperons » en se portant responsables.

Comment travaillez-vous ensemble ?

Je produis ; on travaille ensemble sur la formulation, notamment sur les huiles essentielles, très riches en principes actifs ; et ils valident la formule. Nous sommes, ensemble, garants de l’ino-cuité des savons. Une fois que j’ai pu passer ces étapes, je me suis mise à fabriquer.

Quelle est la particularité de tes savons ?

J’ai choisi une fabrication 100% artisanale. Je n’utilise pas de machines boudineuses, où on introduit des bon-dillons de savon, chauffés, refondus, auquels on ajoute des additifs. Cela me gênait, pour plusieurs raisons. D’abord parce que je voulais faire ma base moi-même, en maîtrisant la formule de A à Z, et en ayant un regard sur la totalité de la filière. Ensuite parce qu’avec cette machine, on utilise pas mal d’énergie, c’est pas très écolo. Et enfin parce que ce procédé nécessite de l’huile de palme ou du noyau de palme, présent dans la base. J’ai choisi une saponification à froid. Cette fabrication artisanale me permet aussi de choisir des fournis-seurs locaux.

Tu travailles avec qui ?

Avec Jean-Pierre Cloteau pour les huiles ; il est à 20 minutes de chez moi, à Bain-de-Bretagne. Avec Patrick Péres pour le miel. Avec Sophie Per-sehais pour l’ortie, jusqu’à ce que je puisse produire moi-même. Avec Breizh Avoan pour son lait d’avoine, la Ferme de la Salamandre, au Quiou, pour les laits de chèvre et brebis, et Les Salines de Gué-rande pour le sel Nature et Progrès. Ce qui m’anime, c’est d’utiliser des ingrédients de la vie quotidienne, et alimentaires. On n’a pas besoin de mollécules chimiques pour que ce soit bon, au contraire !

À quoi ressemble ton atelier ?

Cette année, nous avons déménagé de Pont-Péan pour nous installer à Laillé. Avant, mon atelier était installé dans mon arrière-cuisine, de 6m2. Désor-mais, je dispose de 30m2, avec une pièce de séchage. J’ai 14 références de savons à l’année, plus 2 que je fabrique spécialement pour les fêtes de fin d’année. Jusqu’à ce que je quitte Pont-Péan, je fabriquais 10kg par lot. Désormais, je suis passée à 20kg. Ne pouvant porter ce poids, j’ai acquis une cuve basculante manuelle. Même dans le choix du matériel, j’essaie de garder ce côté manuel, pour le côté écologique. Je recherche le juste milieu entre l’aspect artisanal, et le fait de pouvoir porter, travailler, sans se faire mal. La saponification à froid n’est de toutes façons pas un procédé industrialisable.

Peux-tu expliquer en quoi consiste la saponification à froid ?

Les matières 1ères ne sont pas chauf-fées. Seuls l’huile de coco et le beurre de karité vont être amenés au point de fusion, à 35°, car ils sont durs à température ambiante. Mais les autres huiles, colza, olive, tournesol, sont utilisées à 30-35°, donc : à froid. Je n’utilise pas de matières premières animales, sauf le miel et les laits de jument, de chèvre et de brebis. Avec la saponification à froid, le savon n’est pas dénaturé.

Comment fabrique-t-on le savon ?

La base du savon, c’est de l’eau, de la soude caustique, plus un corps gras. On mélange de la soude caustique avec de l’eau ; la soude caustique fait monter la température de l’eau à 90°, donc on le fait dans un bain-marie glacé. Quand ce mélange atteint moins de 40°, on verse le mélange eau+soude dans le corps gras. C’est là que se passe la saponification. Le mélange est une pâte fluide, à ce stade. J’ajoute ensuite les huiles nobles, cameline, chanvre, les laits, très sensibles à la température, afin que toutes leurs propriétés soient gardées, sans être complètement saponifiées. Il vont donc pouvoir nourrir la peau. Les savons au lait sont ainsi très nourrissants, adaptés aux peaux très sèches. Le lait de jument, comme celui d’ânesse, a des propriétés anti-sceptiques et anti-bactériennes, il apaise également les peaux sensibles. Le miel apaise. J’ai fait beaucoup de recherches sur les associations, comme celle du miel et du lait d’avoine, par exemple.

Et sur les huiles essentielles ?

Elles sont essentiellement parfumantes. D’une part parce qu’elles ne représentent que 2% du savon, d’autre part parce qu’il se rince. C’est un petit plus, mais elles ne constituent pas le principe actif de base. Un autre élément important de la saponification à froid, c’est que l’intégralité de la glycérine formée par la saponification est préservée. C’est ce qui fait le côté émoliant et hydratant. Les procédés de fabrication industriels ne conservent pas entièrement (voir même pas du tout) la glycérine naturellement formée lors de la saponification dans le produit fini. En effet, cette substance naturelle se comporte mal en présence des additifs chimiques employés par les fabricants afin que la production soit plus ren-table. Les savons fabriqués par saponification à froid sont au contraire pourvus de toute la glycérine formée lors du processus, ainsi le produit fini n’est pas dénaturé puisqu’en outre, aucun additif chimique n’entre en compte dans le procédé de fabrication. Celui-ci reste le plus simple qui soit… En saponification à froid, le respect d’un temps de séchage de 4 semaines permet au savon de se débarasser de sa causticité. On fait alors un test PH, pour vérifier que la causticité a disparu. Et j’attends 2 semaines supplé-mentaires, pour un séchage à coeur, afin que le savon fonde moins vite.

Les savons artisanaux fondent plus vite ?

Oui, cela peut être un inconvénient. Mais souvent, un savon industriel qui dure plus longtemps va agresser la peau, on va donc devoir se tourner vers des crèmes, souvent chères, en complément. Alors que les savons que je fabrique sont des savons « soin », des savons précieux, pas des savonnettes. Pour les conserver plus longtemps, je conseille d’en acheter 2 voire 3, en les utilisant à tour de rôle, afin de les laisser suffisament sécher. Et en ne les laissant pas tremper dans un porte-sa-von humide, bien-sûr.

Peux-tu expliquer d’où vient la soude caustique ?

C’est une matière première naturelle, qui vient des sels marins. Il y en a dans les algues, naturellement. On l’obtient par électrolyse, pour le moment par un procédé industriel. La soude se présente sous forme de billes. C’est un produit à 100% d’origine naturelle. Le projet serait à terme de pouvoir, comme pour les autres ingrédients, développer un réseau d’approvisionne-ment.

Sous quel label tes savons sont-ils certifiés ?

J’ai choisi de faire certifier mes savons chez Nature et Progrès qui est actuellement le label français dont le cahier des charges cosmétiques est le plus exigeant. En effet 100% des matières premières labellisables doivent être biologiques. D’autres labels comme Natrue sont très bien également mais peu adaptés au budget de petits artisans comme moi. En outre le label Nature et Progrès me permet d’avoir la vision des consommateurs car il fonctionne en système participatif de garantie. Je suis donc enquêtée chaque année par un adhérent producteur mais aussi par un adhérent consommateur. Cela me permet de chercher sans cesse à améliorer ma démarche bio-écologique. En revanche, à l’heure actuelle, aucun label de cosmétique biologique ne valorise véritablement les approvisionnements locaux ou le caractère artisanal des petits fabricants. Du coup, les consommateurs ont du mal à faire la différence entre un savon fabriqué de façon industrielle et un savon fait entièrement à la main comme je les fait. Il y a vraiment une filière à créer pour soutenir la cosmétique bio-artisanale.

Parmi les 14 savons référencés à Scarabée :

Descriptifs extraits du site internet de la savonnerie La Dryade.

 

Brocéliande

Savon à base d’ortie purifiante et réequilibrante. Enrichi en huile de chanvre bio et locale à hau-teur de 10%, son complexe d’huiles essentielles de romarin, de cèdre et d’eucalyptus apporte une note fraîche et herbacée.
Surgras 10%.
Convient aux peaux normales à mixtes.

 

Epona

Savon sans parfum pour minimiser les risques d’allergie, riche en lait de jument et en huile de cameline biologique et locale. De part sa richesse remarquable en acides gras, elle est très bien tolérée par les peaux atopiques.
Convient aux peaux intolérantes.
Sans parfum.
Surgras 8%.

 

Cité d’ys

Savon au sel de Guérande (production locale sous mention Nature et Progrès) produisant une mousse fine et onctueuse, associée à une synergie « pieds dans l’eau » mêlant le lavandin, la menthe et l’eucalyptus. Fraîcheur assurée !
Convient aux peaux normales.
Surgras 8%.

 

Sherazade

Savon enrichi à l’huile d’argan et au rhassoul à la synergie très orientale de Petitgrain, orange et Ylang-ylang. L’huile d’argan, dont on ne présente plus les multiples vertues, convient très bien aux peaux sèches et matures de part sa richesse en oméga 6. Associée au rhassoul, boue lavante et purifiante, elles en font un savon d’une grande douceur au parfum très agréable.
Convient aux peaux sèches et matures.
Surgras 8%.

 

Lancelot

Enrichi à l’huile de millepertuis cicatrisante, ce savon adapté pour le rasage apaisera le feu du rasoir des épidermes sensibles. Sa synergie très boisée et typiquement masculine est très appré-ciée des chevaliers des temps modernes.
Convient au rasage des peaux sensibles.
Surgras 8%.

 

Chaudron magique

Savon à base d’infusion de café et enrichi à l’huile d’abricot. Respectueux de l’épiderme si sensible des mains, il éliminera les odeurs tenaces de cer-tains aliments comme l’ail ou l’oignon.
Convient aux peaux normales.
Surgras 8%.

 

Retrouvez l’intégralité de la gamme La Dryade (et plein d’autres infos) sur le site : www.savonnerieladryade.com

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