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Local et bio : dos-à-dos ?

Magasin Scarabée

Depuis la crise sanitaire, le local et les produits « origine France » ont le vent en poupe. Une tendance qu’on ne peut qu’approuver… si ce n’est que progressivement, elle évolue, insidieusement, au détriment de la bio. Pourquoi entre bio et local est-il important de ne pas choisir ? Comment l’industrie agro-alimentaire, avec le marché émergeant des « achats responsables » nourrit la confusion ? C’est quoi le local, concrètement, dans nos magasins et restaurants ?

« Je n’achète pas bio, je préfère acheter local » ; cette réflexion, nous l’entendons à l’envi depuis plusieurs mois, lors d’animations extérieures. Une tendance forte, confirmée par de nombreuses études de consommation depuis la crise sanitaire : acheter local, acheter français, prend progressivement le pas sur le bio. Entre autre parce que la crise sanitaire a fait prendre conscience d’une nécessaire relocalisation de l’économie. Mais malheureusement, progressivement, au détriment de l’agriculture bio, qui connaît une baisse inquiétante.

 


Selon une étude publiée dans le magazine LSA et réalisée par l’entreprise IRI (Information Resources, Inc.), sur l’attente des consommateurs vis-à-vis des marques en termes d’innovations :
32% des consommateurs privilégient des produits locaux ;
27 % des produits France ;
15% seulement des produits certifiés bio.


 

Or comparer « bio » et « local », c’est un peu comme comparer des boulons et des abricots. D’un côté, on parle du cahier des charges le plus rigoureux qui existe en matière de production agricole, certifié par des organismes indépendants. De l’autre d’origine géographique.

Un produit « local » ne dit rien de la manière dont il est produit et de sa qualité. Il peut être issu d’un modèle intensif, avec recours à des traitements de synthèse, serres chauffées, élevage intensif… de proximité. Polluer les nappes phréatiques, à nos portes.

Même si apparaît sur l’étiquette le nom de la région d’où vient le produit, et la photo du producteur ; voire même si on a un contact direct avec lui ; ce qui présente cependant l’avantage de la convivialité, et la chance de pouvoir échanger directement sur la manière dont il travaille.

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La grande confusion du marché des « achats responsables »»

L’agro-industrie et la grande distribution l’ont bien compris : entre « local », « français », « bio », « raisonné », « sans résidus de pesticides », « haute valeur environnementale », désormais : c’est une immense forêt d’étiquettes où le consommateur moyennement averti a de quoi se perdre… Et choisir un seul de ces critères donne pour pas mal de personnes, déjà, la sensation de faire sa part, dans sa manière de consommer. Cette confusion est entretenue par le marché dit de « l’offre responsable ».
Exemple : des rayons avec une signalétique « Bio, et bien plus encore » où on trouve, pêle-mêle : des produits bio ; des produits sans gluten ; des produits diététiques ; un peu de vrac, des produits « cuisines du monde »…
Prenons les deux critères qui nous intéressent tout particulièrement : le bio et le local. Bien souvent, en hypermarchés, des produits bio qui pourraient être produits localement ou tout du moins en France, comme la pomme de terre ou la poire, sont importés, souvent de loin, surtout pour les fruits. Et les produits locaux ne sont pas bio. Mais la cohabitation des deux peut donner l’impression que « chez Bipmarché, ils font aussi du bio et du local ». Et les grandes enseignes surfent sur cette vague de la confusion, avec des moyens de communication dont nous ne disposons pas. Spéciale dédicace aux immenses portraits de producteurs et productrices qui vous accueillent à l’entrée de l’hypermarché. Locaux ? Bio ? « Raisonnés » ? On ne sait pas trop.

Le mode de production a plus d’impact que le transport

L’intérêt de la proximité, du local, a autant à voir, pour nous, avec le souhait de développer l’agriculture bio paysanne sur notre territoire, en travaillant directement avec les producteurs pour pouvoir échanger avec eux, ce qui est synonyme de traçabilité, aussi, qu’avec le souhait de limiter le nombre de kilomètres parcourus. Car ce qui produit le plus de gaz à effets de serre, dans notre alimentation, contre toute idée reçue*, ce n’est pas le transport, mais le type et le mode de production. En tête : l’élevage, avec la fermentation entérique des ruminants et les effluents. Puis la fabrication et l’usage des engrais azotés. Puis la consommation directe d’énergie des exploitations agricoles et l’utilisation de fertilisants et produits phytosanitaires. N’arrivent, qu’après, les transports de marchandises et celui des ménages pour aller faire leurs courses.

*Données extraites de l’étude « L’empreinte énergétique et carbone de l’alimentation en France de la production à la consommation »

L’étude « L’empreinte énergétique et carbone de l’alimentation en France de la production à la consommation » dans son intégralité

Entre bio et local, le bon choix : ne pas choisir !

Si consommer local et intensif n’a pas beaucoup de sens écologiquement parlant, un produit bio importé du Moyen Orient ou d’Amérique du Sud alors qu’il pourrait être produit localement ou nationalement est aussi une aberration écologique, pour un mode de production qui prétend être respectueux de l’environnement.

L’idéal reste donc, pour une agriculture bio et logique, de privilégier les produits bio ET locaux, que l’on fasse ses courses à Scarabée ou dans d’autres circuits de distribution. « Manger bio et local, c’est l’idéal » comme le prônait très justement une campagne du réseau Bio, il y a quelques années.

Bio et local dès l’origine à Scarabée

Dès la création de Scarabée en 1983, et du réseau Biocoop en 1986, la particularité de nos magasins était de lier agriculture bio, proximité, et rémunération juste. Avec une logique, concernant le local, que l’on aime qualifier « d’excentrique » : priorité au local ; puis au régional ; puis au national.

Une grande partie de cet approvisionnement local est réalisé en direct, sans intermédiaires. Au total, nous travaillons avec environ 280 fournisseurs locaux. Ces fournisseurs locaux et directs sont pour la plupart de petites entreprises, c’est-à-dire avec moins de 3 ETP (équivalents temps plein), pour soutenir un modèle d’agriculture dite « paysanne », à taille humaine, créatrice d’emplois.

Une collaboration durable

A de très rares exceptions près : notre collaboration avec les fournisseurs locaux directs s’inscrit dans la durée ; cela ne veut pas dire qu’il n’y a jamais de désaccords, mais, ils peuvent s’exprimer, et s’ajuster, en fonction des contraintes de chacun. La planification de la production avec les fournisseurs locaux de fruits et légumes en est une illustration concrète.

 


« Dans notre relation commerciale, il n’y a pas de spéculation, les prix ne sont pas indexés sur les cours du marché. On établit un prix juste, qui convient au magasin et au producteur. En conventionnel, il arrive régulièrement que les producteurs vendent à perte, à cause des cours du marché. On est donc sur un commerce équitable. A contrario, on ne fait pas flamber les prix pour le consommateur. Cela fonctionne dans les deux sens. Les magasins bio sont également plus ouverts à l’innovation variétale. Si le produit est bon, ils vont le prendre. En supermarché classique, il est impensable d’arriver en proposant une variété qui sort des standards. »
Jean-Yves Fillatre, arboriculteur à Macey. La Feuille n°100.


Le local à Scarabée : les chiffres

Le local est particulièrement présent sur les rayons ultra-frais :

  • Boulangerie : 100% des boulangers.
  • Fruits et légumes : en automne-hiver, 85% de notre approvisionnement en légumes est local ; au printemps, il descend à 40%. En moyenne, nous sommes à 60% sur le reste de l’année. Sur l’ensemble des fruits et légumes, qui inclut des produits comme les bananes et les agrumes que nous n’aurons jamais en local (enfin, on croise les doigts…), nous sommes à 36%, « ce qui est beaucoup » souligne Hughes Van Kriekinge, référent fruits et légumes.
  • Boucherie : 78% des produits proposés dans nos rayons boucherie sont en local. « Les 22% restant, ce sont des produits secs, comme le lomo, le jambon de Parme, des spécialités qu’on ne peut pas trouver en local » explique Mickaël Couedic, référent Boucherie ; « et la découpe de volaille, qui est seulement à une vingtaine de kilomètres hors zone locale, c’est à dire à plus de 150 km, au nord Vendée. »

 


Le local selon Biocoop : moins de 150 km routiers du magasin
« Produits d’ici », « Produits de nos régions », « Origine France » : on parle de local ou de national ? Le cahier des charges Biocoop donne une définition précise de ce qu’est un produit local dans nos magasins. C’est un produit réalisé ou transformé à moins de 150 km routiers du point de vente où il est distribué. Selon cette définition, environ 280 fournisseurs locaux travaillent actuellement avec nos magasins et restaurants.


Soutenir une bio locale, ça a de la valeur… et un prix

Comme le souligne Frédéric Leprêtre, référent « Commerce » pour nos magasins, dans le précédent numéro de La Feuille dédié au prix : « Les produits de nos fournisseurs locaux directs peuvent (..) être un peu plus chers que le local venant de notre plate-forme Biocoop, car nous ne bénéficions pas des remises fidélité et des économies d’échelle que nous offre la plate-forme. Il s’agit de productions paysannes ou artisanales, avec un coût de fabrication ou de production plus élevé, forcément plus chères, à l’achat, pour nous. Mais on va cependant toujours donner la priorité au local direct dans nos choix d’assortiment, de présentation et de signalisation des produits en magasins. »

Recherche d’équilibre

Entre d’un côté, une production locale, paysanne ou artisanale, sans doute plus chère à l’achat, avec de petits volumes, mais créatrice d’emplois et de développement rural, préservant la biodiversité à nos portes ; et, de l’autre côté, une production bio nationale, issue de groupements de producteurs ou d’entreprises semi-industrielles, permettant des prix plus attractifs grâce aux possibles économies d’échelle, avec un cahier des charges aussi exigeant mais sans relation directe : c’est une recherche d’équilibre permanente. Pour répondre au mieux à tous les budgets, sans s’éloigner de notre projet coopératif : la bio logique, c’est la bio locale !

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